Marie Maufay

Selon son certificat de baptême, Marie a été baptisée le 26 septembre 1660 (née le 25) sous le nom de Maufet et son père est inscrit aussi sous le nom de Maufet. Dans les actes de baptême de ses soeurs, nous retrouvons Maufait et Maufay.
 
Pierre, dans son acte de mariage est identifié sous le nom de Mausfoy. Dans son acte de sépulture, on le retrouve sous le nom de Maufait.
 
Marie a été inhumée sous le nom de Maufet le 21 septembre 1730 et non le 21 décembre à l'âge de 73 ans, selon l'institut Drouin. Si elle est née en 1660 et décédée en 1730, elle avait donc 70 ans à son décès.

 

Philippe Robitaille et Marie-Madeleine Warren

La famille devait être nombreuse chez Jean Robitaille et Martine Cormont, en France, puisqu'il y a vingt ans de différence entre leurs fils Jean et Philippe. Lorsque les trois frères Jean, Pierre et Nicolas partirent pour la Nouvelle-France en 1670, Philippe n'avait que sept ans. Nicolas étant retourné en France après un séjour de quelques années en Amérique, c'est probablement le récit de ses aventures qui décida Philippe à venir rejoindre ses deux autres frères en Nouvelle-France, quelque vingt-trois ans plus tard. Autant les Robitaille établis à L'Ancienne-Lorette sont sédentaires, autant la famille de Philippe qui s'établit à Montréal a le goût de l'aventure.

C'est le 14 octobre 1693, devant le notaire Bénigne Basset à Montréal, que Philippe signe un contrat de mariage avec Madeleine Houarine (Warren). Il a 30 ans et se dit « tonnelier ». Ces artisans fabriquaient et réparaient les tonneaux et les récipients en bois. Le 15 octobre 1693, à Notre-Dame de Montréal, il épouse donc Madeleine, veuve de Richard Labosse (Othys), « anglaise vivant habitant du village d'Annord proche de Boston, en la Nouvelle-Angleterre, et demeurant à Ville-Marie ».

Madeleine Warren dite « Grizel » a 31 ans. Elle est née le 24 février 1662 à Berwick, en Nouvelle-Angleterre du mariage de Jacques Warren, Écossais protestant et de Margaret .... Irlandaise catholique. Elle était la troisième épouse de Richard Otis, forgeron. Il avait déjà une famille nombreuse et elle lui a donné deux filles, Hanna et Christine. Richard Otis, très âgé, a probablement été tué par les Indiens, ainsi que Hanna âgée de deux ans. Grizel a été enlevée par les Indiens avec Christine, âgée de trois mois, et trois autres enfants de Richard: John, Stephen et Nathaniel. Le reste de la famille, parmi lesquels il y avait trois filles de Richard, fut rescapé par un groupe qui poursuivait les ravisseurs près de la ville de Conway. Probablement que Grizel et sa fille Christine ont été rachetées aux Indiens par quelques braves Français qui les ramenèrent à Montréal.

Grizel apprend le français et est baptisée à Montréal dans la foi catholique le 9 mai 1693. Elle a été nommée Marie-Madeleine, du nom de sa marraine, dame Marie-Madeleine Dupont, épouse de Monsieur le moine Écuyer Sieur de Maricour, Capitaine de détachement de la marine. Son parrain est Jacques Leber, marchand. Elle est confirmée quatre mois plus tard, le 8 septembre 1693 et c'est le 15 octobre de la même année qu'elle épouse Philippe Robitaille. Son parrain et sa marraine sont présents au mariage. Dans le contrat de mariage le jour précédent, le futur mari consent à prendre Christine comme son propre enfant. Marie-Madeleine Warren reçoit sa citoyenneté en mai 1710. Dans le « registre des captifs rachetés » elle est appelée madame « Grizalem ». Elle semble avoir aidé ses amis captifs et avoir aidé aussi le père Mériel dans son ministère auprès d'eux.

Philippe et Marie-Madeleine ont eu une famille de cinq enfants:

  • Georges, né le 18 et baptisé le 19 avril 1701 à Notre-Dame de Montréal, décède le 19 février 1703 à l'âge de 2 ans.

Trois autres fils, Philippe, Jacques et Jean, mènent la vie d'engagés pour aller vers l'Ouest puisqu'ils signent des contrats d'engagement chez le notaire Antoine Adhémar « pour aller dans les bois d'En hault jusqu'au Lac Erié et en Dessendre lannée prochaine Et d'ayder En montant amenés un Canot Chargés de marchandises Et En dessendan amener un Canot Chargés de pelteries ». Il y avait alors deux catégories de voyageurs:

  1. Les « mangeurs de lard » ainsi nommés parce que le lard constituait leur ration quotidienne. Ils expédiaient la marchandise de traite à Fort Williams et rapportaient à Montréal les fourrures recueillies dans le Nord par les « hivernants ».
  2. Les « hivernants », ces hommes du Nord, s'engageaient pour au moins une année, ordinairement trois, parfois cinq. Hommes à tout faire ils étaient aussi canotiers, interprètes, commis, guides, artisans, explorateurs, chasseurs, pêcheurs, constructeurs, et bien sûr traiteurs. Plusieurs d'entre eux prenaient femme en pays de traite. Ces « mariages à la mode du pays » sont à l'origine de la nation métisse.

Nous pouvons supposer que les fils de Philippe Robitaille appartenaient à cette dernière catégorie de voyageurs.

  • Philippe, baptisé le 5 février 1695 à Notre-Dame de Montréal s'engage le 29 août 1715. Il décède le 17 septembre 1720 à Notre-Dame de Montréal à l'âge de 26 ans. Il était célibataire.
  • Jacques est baptisé le 29 janvier 1697 à Notre-Dame de Montréal et s'engage comme « voyageur Engagé Ouest » du 9 septembre 1715 au 9 septembre 1728. Il signe un billet pour une valeur de 1953 livres le 26 août 1719 à Michillimakinac en faveur de Paul Marin qui dépose ce document à Montréal chez le notaire Gaudron de Chèvremont le 11 août 1736. Le fort français de Michillimakinac était situé au nord du lac Michigan.
  • Jean est baptisé le 10 mars 1699 à Notre-Dame de Montréal et s'engage comme « voyageur Engagé Ouest » le 28 mai 1718 et du 11 juin 1720 au 9 septembre 1728.

Quelle fut la destinée de Jacques et de Jean? Malheureusement, nous n'avons aucune autre trace de ces deux fils de Philippe et Marie-Madeleine.

Finalement, les Robitaille ont une fille:

  • Marguerite est née le 1er et baptisée le 2 avril 1703 à Notre-Dame de Montréal. Elle se marie le 13 avril 1722 à Notre-Dame de Montréal à l'âge de 19 ans avec Jean-Baptiste Biron, 20 ans, fils de Pierre et de Marie Jeanne Dumouchel. Jean-Baptiste Biron est marchand et le couple s'installe dans le quartier Ste-Marie, à Ville-Marie. Quelques années plus tard, ils vont demeurer le long du Richelieu, à St-Ours et à Chambly. Ils n'ont pas eu de descendants.

On ne connaît aucun descendant de Philippe Robitaille et de Marie-Madeleine Warren.

Christine, la fille de Marie-Madeleine Warren et Richard Othys et adoptée par Philippe Robitaille, est baptisée le 15 mars 1689 et est probablement éduquée par les religieuses. Elle devient à l'âge de 18 ans la seconde femme de Louis LeBeau. Le mariage est célébré à Ville-Marie le 14 juin 1707. LeBeau est âgé de 29 ans et est menuisier. De ce mariage naissent deux filles, Marie-Anne et Madeleine. Christine reçoit sa citoyenneté en même temps que sa mère en 1710. Son mari décède en février 1713.

En 1714, le Capitaine Thomas Baker vient au Canada comme interprète pour la compagnie Stoddard & Williams. Il tombe amoureux de Christine et essaie de persuader la jeune veuve de retourner en Nouvelle-Angleterre. L'Église, l'État et sa mère s'opposent à son départ. L'Église menace de garder ses enfants et le gouverneur dit que sa fille aînée devrait être envoyée chez les Ursulines. Stoddard répond que Mme LeBeau pouvait placer son enfant où elle le désirait « et aussi longtemps qu'elle en prendrait soin, aucun Prince avec la justice, ne pouvait lui enlever de force ». L'Intendant ordonne la vente des biens de son défunt mari et exige que « l'argent soit mis entre les mains d'un gardien ». Stoddard qui représente Christine, demande que cet argent lui soit remis à elle, car elle était dans le besoin. On lui répond cependant que, par ordre du roi, toute personne prête à quitter le pays devait avoir son argent retiré et que, parce que Christine était une prisonnière de la précédente guerre, elle ne pouvait profiter des termes du traité d'Utrecht. Sa mère lui dit qu'il n'y avait pas de boulangerie en Nouvelle-Angleterre et qu'elle ne savait pas faire du pain.

Ni l'Église, ni l'État, ni sa mère ne peuvent la retenir. Avec le consentement à contrecoeur du gouverneur, Christine part en bateau, laissant ses filles Marie-Anne, quatre ans et Madeleine, deux ans, aux bons soins de Sieur Philippe Robitaille et Madeleine Warren, son beau-père et sa mère. Christine se marie avec Thomas Baker et s'installe à Brookfield où les enfants du couple sont baptisés. Son beau-père Philippe Robitaille vint la visiter en Nouvelle-Angleterre. Christine s'ennuyait de ses deux filles laissées au Canada. Le 2 mars 1721, Thomas et Christine adressent un Mémoire à la Cour Générale demandant la permission d'aller en Nouvelle-France les chercher. La permission leur est accordée à condition que Thomas Baker accompagne sa femme au Canada. Mais Christine revint de ce voyage sans ses enfants, pour qui elle était désormais une étrangère. Philippe Robitaille et Marie-Madeleine Warren ont donc élevé les deux filles de Christine, issues de son premier mariage avec LeBeau. Christine est décédée le 23 février 1773, vingt ans après son deuxième mari. Elle est enterrée dans le cimetière de Pine Hill, à Dover.

Philippe Robitaille est décédé à l'âge de 77 ans, le 3 octobre 1740 à 10h30 du soir. Il est inhumé le 5 dans le cimetière situé non loin de l'église Notre-Dame de Montréal.

Marie-Madeleine Warren est décédée le 26 octobre 1750, « âgée d'environ 89 ans, après avoir été alitée 9 ou 10 ans ». Elle est inhumée le 27 à Notre-Dame de Montréal.

Jean Robitaille et Marguerite Buletez

Jean est l'aîné des quatre frères Robitaille venus s'établir en Nouvelle-France. Il y arrive à l'âge de 27 ans. Le 16 novembre 1670, devant le notaire Romain Becquet, il signe un contrat de mariage avec Marguerite Buletez. Deux jours plus tard, devant le notaire Gilles Rageot et en présence de Jean-Baptiste Peuvret, Seigneur de Mesnu, il signe un contrat de concession de terre située en la Seigneurie de Gaudarville, à L'Ancienne-Lorette. Son lot comprend « trois arpens de terre de front entre la route de Champigny d'une part et le ruisseau dict Sainct Michel d'autre part joignant d'un Costé à Pierre Robitaille et d'autre costé à Nicolas Robitaille ». Le 21 novembre 1670, Jean épouse Marguerite Buletez, fille de Pierre (Isidore) et de défunte Louise Pépin, de Champigny.

La première chapelle de L'Ancienne-Lorette n'ayant été inaugurée que le 4 novembre 1674, Jean et Marguerite se marient à la paroisse de Notre-Dame de Québec. Marguerite est alors âgée de 23 ans. Elle faisait partie du groupe des Filles du Roy arrivées en Nouvelle-France cette année-là. Jean et Marguerite se connaissaient probablement de longue date puisqu'ils étaient tous deux du bourg d'Auchy en Artois. Arrivés en Nouvelle-France la même année, il est aussi possible qu'ils aient fait la traversée de l'Atlantique à bord du même bateau.

Le père de Marguerite qui résidait dans la Seigneurie de Gaudarville est présent lors de la signature du contrat de mariage. Il avait émigré en Nouvelle-France vers 1668 avec sa deuxième femme, Jeanne Charron et leur fille Marie-Anne. Marguerite n'avait pas accompagné sa famille en 1668. Elle est venue rejoindre les siens en 1670 en profitant des avantages accordés aux Filles du Roy. Elle apporta des biens estimés à 200 livres et avait droit à un don de 50 livres du roi. L'intendant Talon est présent lors de la signature du contrat de mariage et c'est à cette occasion qu'il lui verse ce don ordinaire de 50 livres. Nous pouvons supposer que c'est grâce à ces argents que Jean et Marguerite ont pu construire leur maison à L'Ancienne-Lorette. Ils y accueillent probablement Pierre et Nicolas, les frères de Jean, pendant quelques années.

Le 19 février 1672, devant le notaire Gilles Rageot, Jean Robitaille signe un autre contrat de concession de terre située dans la Seigneurie de Gaudarville, avec Jean-Baptiste Peuvret de Mesnu. Ce contrat concerne un lot « aboutissant aux habitations de la route de Gaudarville d'un costé et d'autre costé les Pères Jésuites ».

Jean et Marguerite ont une famille de six enfants. Deux garçons et une fille décèdent en bas âge. Les deux garçons décèdent avant le recensement de 1716, la fille, avant même celui de 1681 :

  • Jean-François, né à L'Ancienne-Lorette et baptisé le 6 avril 1672 à la Mission de Sillery.
  • Joseph-Martin, né et baptisé le 3 août 1676 à L'Ancienne-Lorette. Joseph-Martin avait été confirmé le 4 avril 1684 à Québec.
  • Marie-Marguerite, baptisée le 9 mars 1680 à L'Ancienne-Lorette.

Deux filles et un fils parviennent à l'âge adulte.

  • Marie-Madeleine, née à L'Ancienne-Lorette et baptisée à la Mission de Sillery le 19 novembre 1673, est témoin au mariage de son frère Charles-François en 1705 et apparaît au recensement de Québec en 1716 comme demeurant avec ses parents. Elle décède à l'Hôtel-Dieu de Québec le 20 décembre 1740 et elle est inhumée au Cimetière des Pauvres le lendemain. Le registre de l'Hôtel-Dieu mentionne « fille âgée de 70 ans ».
  • Marie-Thérèse est baptisée le 22 mars 1678 à L'Ancienne-Lorette. Elle se marie le 19 décembre 1717 à Notre-Dame de Québec, à l'âge de 39 ans, avec Joseph Fauconnet, perruquier, fils de P. et Marie Marisi. Il était de Notre-Dame de Saint-Disier, diocèse de Châlons, Champagne, France. Ils ont un fils, Joseph-François, né le 18 juin 1721 qui décède deux jours plus tard. Marie-Thérèse décède à son tour le surlendemain, soit le 22 juin 1721, à l'âge de 42 ans, à Notre-Dame de Québec.
  • Charles-François est né et baptisé le 21 mars 1681 à L'Ancienne-Lorette. Il signe un contrat de mariage chez le notaire François Genaple le 19 octobre 1705 avec Marie-Louise Delisle, jumelle et fille de Louis et Louise Desgranges de Neuville. Charles-François a 24 ans et Marie-Louise 21. En plus de ses parents, ses deux « soeurs germaines » Marie-Madeleine et Marie-Thérèse agissent comme témoins. Le mariage est célébré à l'église de Neuville la semaine suivante, le 26 octobre 1705.

Charles-François et Marie-Louise ont cinq filles et un fils, Charles-François, tous baptisés à Neuville. Ces Robitaille ont vraiment pris souche dans cette paroisse puisque le fils de Charles-François ainsi que trois de ses filles s'y sont mariés. Pendant plusieurs générations, tous leurs descendants se sont mariés à Neuville.

Charles-François a signé un contrat de concession de terre à Neuville avec Nicolas Dupont devant le notaire Bernard de la Rivière le 7 août 1711. Il a aussi passé plusieurs contrats devant le notaire Louis Chambalon pour des baux à rente foncière lui permettant d'utiliser les moulins à eau et à vent de la Seigneurie de Neuville. Il décède à Neuville le 11 mars 1727, à l'âge de 46 ans.

En 1693, année de l'arrivée de son frère Philippe, le 23 mars, Jean Robitaille signe un contrat de vente devant le notaire François Genaple. Il cède sa concession de terre à son frère Pierre et va demeurer dans la ville de Québec. Le contrat de vente stipule, en plus de la terre, une « maison de pièces de bois les uns sur les autres à un étage seulement de vingt-sept pieds de longueur et dix-sept de largeur, garnie de son plancher, et couverte de paille, avec un angard entouré de pieux et couverte aussi de paille ». Jean cède également à son frère Pierre sa part de la concession que Nicolas avait laissée par « un simple accord entre eux, en s'en allant en France ».

Sur le contrat de mariage de son fils Charles-François, on peut lire « en présence de Sieur Jean Robitaille, aubergiste en cette ville rue du sault au matelot et Marguerite Bulté sa femme ». En 1693, Jean avait alors 50 ans et trois de ses enfants demeuraient encore à la maison : Marie-Madeleine 20 ans, Marie-Thérèse 15 ans et Charles-François 12 ans. Lorsque ce dernier atteint l'âge de 13 ans, le 31 octobre 1694, son père signe un contrat chez le notaire Louis Chambalon, pour son engagement comme apprenti chez Louis Mercier, serrurier, pour une période de trois ans. Plus tard, sur son contrat de mariage, Charles-François se dit « taillandier ». Ces artisans fabriquaient des outils et des fers tranchants utilisés par les cultivateurs tels que haches et bêches. Ils faisaient aussi le métier de forgeron.

Jean Robitaille décède le 22 mars 1715, à l'âge de 73 ans. Il est inhumé le lendemain à Notre-Dame de Québec. Les funérailles sont présidées par l'abbé Goulven/Calvarin, vicaire chanoine de la Cathédrale, en présence de l'abbé Lepicart, chanoine de la Cathédrale et Desmaizerets, grand chantre. À cette occasion, dans le registre de la paroisse, il apparaît sous le nom de Jean-Baptiste, probablement son nom de baptême.

Dans le cahier de la Confrérie de Sainte-Anne de 1657 à 1723, on peut lire « Marie Bulté, femme de Jean Robitaille, s'est enrollée dans la Confrérie de Ste-Anne le 4 avril 1710 ». Dans le recensement de Québec en 1716, elle est citée comme « cabaretière âgée de 66 ans ». Elle décède le 25 juin 1732 et est inhumée le lendemain à Notre-Dame de Québec à l'âge respectable de 85 ans. Le registre de la paroisse mentionne « épouse de Jean-Baptiste Robitaille, âgée de 95 ans ». Il y a sûrement erreur puisqu'elle est née en 1647. Les funérailles sont présidées par le curé Boullard et les ecclésiastiques Desgly et Noël ont signé comme témoins. Marguerite a survécu dix-sept ans à son mari. Elle laisse dans le deuil sa fille Marie-Madeleine qui décédera huit ans plus tard, et son fils Charles-François établi à Neuville.

Marguerite Buletez et Jean Robitaille ont vraiment posé la pierre angulaire de l'établissement des frères Robitaille à L'Ancienne-Lorette. Leur descendance n'est pas très nombreuse. Ils n'ont eu qu'un seul fils qui lui-même n'a eu qu'un fils. Dans les générations suivantes, on compte plusieurs filles mais seulement un fils ou deux. Il faut attendre aux quatrième et cinquième générations pour vraiment voir les descendants de Jean Robitaille.

Nicolas Robitaille, le troisième des frères à venir en Nouvelle-France

Le premier document où est inscrit le nom de Nicolas est le placet conservé à la Bibliothèque Nationale de France, Département des Manuscrits, Collection Clairambault, et dont l'existence a été mentionnée dans le numéro 3 du volume 1 de notre Bulletin. Il est écrit que Jean, Nicolas, Marc et Noël Robitaille ont demandé qu'on leur accorde le passage sur des vaisseaux pour l'Amérique. On sait que Jean et Nicolas ont traversé l'Atlantique, mais Marc et Noël ne sont sûrement pas venus puisque leurs noms n'apparaissent nulle part dans nos registres.

Nicolas Robitaille a signé un contrat de concession de terre pour un lot situé à l'Ancienne-Lorette, dans la Seigneurie de Gaudarville, devant le notaire Gilles Rageot, le 24 novembre 1670, en même temps que ses frères Jean et Pierre.

Nous n'avons plus aucune trace de Nicolas, sauf sur le contrat de vente d'habitation de Jean à son frère Pierre, le 23 novembre 1693, devant le notaire François Genaple :

« Et au moyen de la Cession abandoner et Transport qui luy a été fait de pareille quantité de terre atenant par Nicolas Robitaille leur frère, en s'en allant en France, par un simple accord entre Eux... ».

Nous retrouvons la même information en lisant l'ordonnance rendue par M. Raudot, intendant, le 18 janvier 1710, à Pierre Robitaille:

« led. Robitaille fera arpenter toutes lesd. terres et les trois autres qu'il possède Sçavoir une a luy accordée le 24e novembre 1670 et les deux autres qu'il a acquises de nicolas et jean robitaille ses frères... ».

Nicolas n'est donc pas resté en Amérique, il est retourné en France en laissant sa concession à ses frères Jean et Pierre.

Pierre Robitaille et Marie Maufait

Des quatre frères Robitaille venus s'établir en Nouvelle-France, Pierre est l'ancêtre de la plupart d'entre nous. Peu après son arrivée, le 24 novembre 1670, à l'âge de 18 ans, il signe devant le notaire Gilles Rageot un contrat de concession de terre pour un lot situé en la paroisse de L'Ancienne-Lorette, dans la Seigneurie de Gaudarville. Cette Seigneurie avait été concédée à Jean de Lauzon, gouverneur, qui l'a ensuite léguée à son fils Louis. Son nom lui fut donné en souvenir de la mère de Louis, Marie Gaudart. Deux ans plus tard, le 20 mars 1672, devant le même notaire, Pierre signe un autre contrat de concession de terre avec les Pères Jésuites. Cette fois pour un lot dans la Seigneurie voisine de St-Gabriel. Il avait peut-être vu trop grand, car en octobre 1674, il se désiste de quelques arpents. Ceci diminuait ses cens et rentes à payer annuellement.

Enfin, cinq ans après son arrivée, Pierre épouse Marie Maufay. Marie est née à Québec le 25 septembre 1660 et est âgée de 14 ans. Son père, Pierre Maufay, habitant de la Côte St-Michel, est le fils de Toussaint et de Jacqueline Bénard, de St-Côme-de-Vair, arrondissement Mamers, évêché Le Mans, Maine (Sarthe). Les futurs époux signent un contrat de mariage devant le notaire Gilles Duquet le 5 mai 1675. Marie est accompagnée de son père, de sa mère Marie Duval et de sa soeur Jeanne et son mari Simon Allain qui demeuraient sur une terre non loin de celle des Robitaille. Les parents de Marie promettent de fournir à leur fille:

« la veille des espousailles une vache à laict et un cochon nourritureau, habiller leur dite fille le jour de ses noces suivant sa condition luy donner six chemises, six mouchoirs, six coiffes, une couverture, une chaudière, une paire de draps et six serviettes le tout neuf… »

Malheureusement, on ne trouve pas trace du mariage Robitaille-Maufait dans les registres paroissiaux. L'Ancienne-Lorette ayant inauguré sa première église paroissiale en 1676, peut-être se sont-ils mariés à la mission de Sillery où un incendie a détruit tous les documents vers 1680.

Marie Maufait assure la postérité des Robitaille en donnant une belle famille de 13 enfants à son mari: 10 garçons et 3 filles. Trois fils décèdent en bas âge: Romain 2 mois, Louis 5 ans et Claude 3 ans. Le deuil le plus cruel est sans doute celui de Charles, décédé à 26 ans. François demeure célibataire et décède à 40 ans. Nous n'avons aucune trace de Charlotte-Catherine.

Leurs cinq autres garçons et deux filles se sont mariés :

  • André, l'ainé, est né le 16 et baptisé le 17 juillet 1678 par le père Chaumonot, missionnaire, curé fondateur de la paroisse de L'Ancienne-Lorette. Il épouse Marguerite Hamel, fille de Jean et de Félicité Levasseur, le 19 janvier 1706 à L'Ancienne-Lorette. Ils ont 3 fils mais son épouse décède le 31 mars 1711 à l'âge de 26 ans. Il se remarie deux ans plus tard, le 11 septembre 1713 à Notre-Dame-de-Foy, avec Françoise Catherine Chevalier, veuve de Denis Masse et mère de deux enfants de 1 et 3 ans. Ils ont 7 enfants ensemble, dont 2 décèdent en bas âge. André est inhumé à L'Ancienne-Lorette le 16 janvier 1736 l'âge de 58 ans.
  • Marie-Suzanne, baptisée le 16 août 1680, épouse Guillaume Belot, fils de Biaise et de Hélène Calais, le 14 novembre 1707 à L'Ancienne-Lorette. Ils ont 8 enfants. Elle est inhumée à Notre-Dame-de-Foy le 6 novembre 1760 à l'âge de 80 ans.
  • Pierre est né le 11 et baptisé le 12 octobre 1682. C'est à l'âge de 39 ans qu'il épouse Madeleine Berthiaume, le 27 novembre 1721 à Notre-Dame-de-Foy. Née à Sillery vers 1686, fille de Jacques et de Catherine Bonhomme, elle avait d'abord épousé Charles Danet, veuf de Catherine Brassard, père de 2 enfants. Ils en ajoutent 6 autres. La veuve Danet a donc 8 enfants lorsqu'elle épouse Pierre, et ce dernier mariage leur donne 2 autres enfants.
  • Jean, né en 1687, épouse Marguerite Meunier, fille de Mathurin et de Marie-Madeleine Meneux, le 26 janvier 1717 à L'Ancienne-Lorette. Ils ont 11 enfants dont 3 fils et 3 filles qui se sont mariés. C'est lui qui est resté dans la maison paternelle. Jean est inhumé à L'Ancienne-Lorette le 13 novembre 1748 à l'âge de 71 ans. Marguerite Meunier se marie en secondes noces avec Antoine Ouvrard, veuf de Angélique Vézina, le 19 juillet 1751 à L'Ancienne-Lorette. Elle est inhumée à L'Ancienne-Lorette le 18 avril 1774 à l'âge de 89 ans.
  • Marie-Agnès, née en 1689, épouse Eustache Liénard Mondor Durbois, fils de Sébastien et de Françoise Pelletier, veuf de Marie-Madeleine Maufay, le 4 novembre 1715 à L'Ancienne-Lorette. Ils ont 6 enfants. Eustache Durbois est inhumé le 26 septembre 1749 à l'âge de 60 ans, et Marie-Agnès est inhumée le 28 décembre 1759 à l'âge de 70 ans, tous deux à L'Ancienne-Lorette.
  • Joseph, né le 25 et baptisé le 27 octobre 1693, épouse Catherine Drolet, fille de Pierre et de Catherine Routier, le 21 janvier 1722 à l'Ancienne Lorette. Ils ont 12 enfants. Joseph est inhumé le 3 mars 1756 à l'âge de 63 ans et Catherine est inhumée le 17 décembre 1782 à l'âge de 86 ans, tous deux à L'Ancienne-Lorette.
  • Romain, né et baptisé le 26 juillet 1696, épouse Marie-Françoise Lemarié, fille de Charles et de Françoise Sédilot, le 10 octobre 1723 à Notre-Dame-de-Foy. Ils ont 7 enfants. Romain est inhumé le 3 décembre 1749 à l'âge de 53 ans et Marie-Françoise le 8 avril 1774 à l'âge de 75 ans, tous deux à L'Ancienne-Lorette.

On voit en Pierre Robitaille un homme vaillant et entreprenant. Lors du recensement de 1681, il avait 30 ans et Marie 18. Ils avaient 2 enfants: André 4 ans et Marie 1 an. Ils possédaient un fusil, 6 bêtes à cornes et 16 arpents en valeur. En avril 1683, Pierre s'engage à nettoyer un arpent de terre enlever toutes les fredoches et les brûler, et autres bois ne laissant au plus 12 souches, appartenant à son beau-frère, Pierre Maufay. Ceci pour la somme de 60 livres.

En 1693, après plus de vingt ans de travail, lorsque la famille comptait déjà 7 enfants, Pierre acquiert les concessions de ses deux frères, Jean et Nicolas. La ferme de Jean comporte alors en plus de la terre, une maison de pièces de bois les unes sur les autres et un hangar entouré de pieux et couvert de paille. Nicolas avait donné verbalement sa concession à ses frères, avant de retourner en France.

Pierre a affaire à la justice seulement une fois alors qu'il est poursuivi par Pierre Soullard, époux de Louise Prou. On ne saura jamais ce qui s'est vraiment passé, parce que le document de la Prévôté de Québec est abîmé et qu'on peut seulement y voir que Pierre Robitaille est condamné à payer la moitié du prix d'une vache. Il s'exécute devant le notaire Genaple le 7 mars 1702, en versant 24 livres en monnaie de carte.

Le 18 janvier 1710, l'intendant Raudot ordonne l'arpentage officiel des terres de Pierre Robitaille et de celle de Pierre Drolet, son voisin. Le 20 janvier de la même année, le seigneur Dustiné concède 19 arpents en superficie à Pierre Robitaille dans la Seigneurie de St-Gabriel. Notre ancêtre possède donc 3 concessions dans la Seigneurie de Gaudarville, et 2 dans la Seigneurie de St-Gabriel. De ce fait, il possède la plus grande superficie de terre à L'Ancienne-Lorette.

En 1715, notre ancêtre maintenant âgé de 60 ans, est probablement très malade puisqu'il signe un contrat de vente d'une partie de sa terre en faveur de son fils Jean et qu'il décède huit jours plus tard. Il lègue une terre en habitation pour le prix de 800 livres. Dans le contrat, il est aussi stipulé que pour trois ans de pension non payée, Jean donne 75 minots de blé à ses parents. Pierre Robitaille est inhumé le 8 mai. Les funérailles sont présidées par l'abbé François Dupré. À ce moment-là, seulement André et Marie-Suzanne étaient mariés. Six enfants adultes vivaient donc sous le toit paternel.

Le 29 avril 1716, comme le veut la loi, le notaire Bernard de la Rivière procède à l'inventaire des biens de Pierre. Il est très intéressant de constater, à l'aide de cet inventaire, tout le travail accompli par ce jeune Français arrivé 46 ans plus tôt et par sa femme: avoir élevé une famille de 9 enfants vivants et mis en valeur pour l'agriculture 10 arpents de terre. De plus, Marie devait confectionner tous les vêtements de la famille puisqu'elle possédait un métier garni de ses lames, un ros à une poignée, un rouet. Les Robitaille élevaient leurs propres moutons qui leur fournissaient la laine nécessaire. Ils possédaient 3 vaches, 5 brebis, 4 petits agneaux, 4 taureaux, 2 cavales (juments) et 3 cochons. Ils ont toutefois quelques dettes:

  • 20 livres au chirurgien Gaspart Emery dit la Sonde;
  • 40 livres aux dames de l'Hôtel-Dieu (probablement pour l'hospitalisation de Marie-Suzanne le 6 avril 1699 durant une période de 16 jours);
  • 133 livres au marchand Pierre Haimard;
  • 40 livres au sieur Pelletier de la Côte St-Michel;
  • 20 livres pour 20 messes commandées par les enfants pour le repos de l'âme de leur père.

Pierre Robitaille avait sûrement beaucoup l'esprit de famille. Il a signé le registre de L'Ancienne-Lorette 13 fois comme parrain, 6 fois comme témoin à un baptême, 8 fois à un mariage et 2 fois à une sépulture.

Marie a survécu 15 ans à son époux. Elle décède le 21 décembre 1730 à l'âge de 73 ans. Le registre de L'Ancienne-Lorette mentionne morte d'une attaque d'apoplexie. Elle a eu la joie de voir 7 de ses enfants se marier et avait plusieurs petits-enfants. Seul François est resté célibataire et est décédé trois ans après sa mère.

Je crois qu'il importe ici de rendre un hommage tout à fait spécial à notre ancêtre Marie Maufait. Peut-on s'imaginer une petite fille de 14 ans se marier et aller demeurer dans une maison en bois rond, en plein bois, sur le bord d'un ruisseau? Cette petite Marie devait jouir d'une excellente santé pour élever sa famille dans des conditions de vie aussi difficiles. Elle nous donne un exemple de courage peu ordinaire et mérite toute notre admiration.