Jean Robitaille et Marguerite Buletez

Jean est l'aîné des quatre frères Robitaille venus s'établir en Nouvelle-France. Il y arrive à l'âge de 27 ans. Le 16 novembre 1670, devant le notaire Romain Becquet, il signe un contrat de mariage avec Marguerite Buletez. Deux jours plus tard, devant le notaire Gilles Rageot et en présence de Jean-Baptiste Peuvret, Seigneur de Mesnu, il signe un contrat de concession de terre située en la Seigneurie de Gaudarville, à L'Ancienne-Lorette. Son lot comprend « trois arpens de terre de front entre la route de Champigny d'une part et le ruisseau dict Sainct Michel d'autre part joignant d'un Costé à Pierre Robitaille et d'autre costé à Nicolas Robitaille ». Le 21 novembre 1670, Jean épouse Marguerite Buletez, fille de Pierre (Isidore) et de défunte Louise Pépin, de Champigny.

La première chapelle de L'Ancienne-Lorette n'ayant été inaugurée que le 4 novembre 1674, Jean et Marguerite se marient à la paroisse de Notre-Dame de Québec. Marguerite est alors âgée de 23 ans. Elle faisait partie du groupe des Filles du Roy arrivées en Nouvelle-France cette année-là. Jean et Marguerite se connaissaient probablement de longue date puisqu'ils étaient tous deux du bourg d'Auchy en Artois. Arrivés en Nouvelle-France la même année, il est aussi possible qu'ils aient fait la traversée de l'Atlantique à bord du même bateau.

Le père de Marguerite qui résidait dans la Seigneurie de Gaudarville est présent lors de la signature du contrat de mariage. Il avait émigré en Nouvelle-France vers 1668 avec sa deuxième femme, Jeanne Charron et leur fille Marie-Anne. Marguerite n'avait pas accompagné sa famille en 1668. Elle est venue rejoindre les siens en 1670 en profitant des avantages accordés aux Filles du Roy. Elle apporta des biens estimés à 200 livres et avait droit à un don de 50 livres du roi. L'intendant Talon est présent lors de la signature du contrat de mariage et c'est à cette occasion qu'il lui verse ce don ordinaire de 50 livres. Nous pouvons supposer que c'est grâce à ces argents que Jean et Marguerite ont pu construire leur maison à L'Ancienne-Lorette. Ils y accueillent probablement Pierre et Nicolas, les frères de Jean, pendant quelques années.

Le 19 février 1672, devant le notaire Gilles Rageot, Jean Robitaille signe un autre contrat de concession de terre située dans la Seigneurie de Gaudarville, avec Jean-Baptiste Peuvret de Mesnu. Ce contrat concerne un lot « aboutissant aux habitations de la route de Gaudarville d'un costé et d'autre costé les Pères Jésuites ».

Jean et Marguerite ont une famille de six enfants. Deux garçons et une fille décèdent en bas âge. Les deux garçons décèdent avant le recensement de 1716, la fille, avant même celui de 1681 :

  • Jean-François, né à L'Ancienne-Lorette et baptisé le 6 avril 1672 à la Mission de Sillery.
  • Joseph-Martin, né et baptisé le 3 août 1676 à L'Ancienne-Lorette. Joseph-Martin avait été confirmé le 4 avril 1684 à Québec.
  • Marie-Marguerite, baptisée le 9 mars 1680 à L'Ancienne-Lorette.

Deux filles et un fils parviennent à l'âge adulte.

  • Marie-Madeleine, née à L'Ancienne-Lorette et baptisée à la Mission de Sillery le 19 novembre 1673, est témoin au mariage de son frère Charles-François en 1705 et apparaît au recensement de Québec en 1716 comme demeurant avec ses parents. Elle décède à l'Hôtel-Dieu de Québec le 20 décembre 1740 et elle est inhumée au Cimetière des Pauvres le lendemain. Le registre de l'Hôtel-Dieu mentionne « fille âgée de 70 ans ».
  • Marie-Thérèse est baptisée le 22 mars 1678 à L'Ancienne-Lorette. Elle se marie le 19 décembre 1717 à Notre-Dame de Québec, à l'âge de 39 ans, avec Joseph Fauconnet, perruquier, fils de P. et Marie Marisi. Il était de Notre-Dame de Saint-Disier, diocèse de Châlons, Champagne, France. Ils ont un fils, Joseph-François, né le 18 juin 1721 qui décède deux jours plus tard. Marie-Thérèse décède à son tour le surlendemain, soit le 22 juin 1721, à l'âge de 42 ans, à Notre-Dame de Québec.
  • Charles-François est né et baptisé le 21 mars 1681 à L'Ancienne-Lorette. Il signe un contrat de mariage chez le notaire François Genaple le 19 octobre 1705 avec Marie-Louise Delisle, jumelle et fille de Louis et Louise Desgranges de Neuville. Charles-François a 24 ans et Marie-Louise 21. En plus de ses parents, ses deux « soeurs germaines » Marie-Madeleine et Marie-Thérèse agissent comme témoins. Le mariage est célébré à l'église de Neuville la semaine suivante, le 26 octobre 1705.

Charles-François et Marie-Louise ont cinq filles et un fils, Charles-François, tous baptisés à Neuville. Ces Robitaille ont vraiment pris souche dans cette paroisse puisque le fils de Charles-François ainsi que trois de ses filles s'y sont mariés. Pendant plusieurs générations, tous leurs descendants se sont mariés à Neuville.

Charles-François a signé un contrat de concession de terre à Neuville avec Nicolas Dupont devant le notaire Bernard de la Rivière le 7 août 1711. Il a aussi passé plusieurs contrats devant le notaire Louis Chambalon pour des baux à rente foncière lui permettant d'utiliser les moulins à eau et à vent de la Seigneurie de Neuville. Il décède à Neuville le 11 mars 1727, à l'âge de 46 ans.

En 1693, année de l'arrivée de son frère Philippe, le 23 mars, Jean Robitaille signe un contrat de vente devant le notaire François Genaple. Il cède sa concession de terre à son frère Pierre et va demeurer dans la ville de Québec. Le contrat de vente stipule, en plus de la terre, une « maison de pièces de bois les uns sur les autres à un étage seulement de vingt-sept pieds de longueur et dix-sept de largeur, garnie de son plancher, et couverte de paille, avec un angard entouré de pieux et couverte aussi de paille ». Jean cède également à son frère Pierre sa part de la concession que Nicolas avait laissée par « un simple accord entre eux, en s'en allant en France ».

Sur le contrat de mariage de son fils Charles-François, on peut lire « en présence de Sieur Jean Robitaille, aubergiste en cette ville rue du sault au matelot et Marguerite Bulté sa femme ». En 1693, Jean avait alors 50 ans et trois de ses enfants demeuraient encore à la maison : Marie-Madeleine 20 ans, Marie-Thérèse 15 ans et Charles-François 12 ans. Lorsque ce dernier atteint l'âge de 13 ans, le 31 octobre 1694, son père signe un contrat chez le notaire Louis Chambalon, pour son engagement comme apprenti chez Louis Mercier, serrurier, pour une période de trois ans. Plus tard, sur son contrat de mariage, Charles-François se dit « taillandier ». Ces artisans fabriquaient des outils et des fers tranchants utilisés par les cultivateurs tels que haches et bêches. Ils faisaient aussi le métier de forgeron.

Jean Robitaille décède le 22 mars 1715, à l'âge de 73 ans. Il est inhumé le lendemain à Notre-Dame de Québec. Les funérailles sont présidées par l'abbé Goulven/Calvarin, vicaire chanoine de la Cathédrale, en présence de l'abbé Lepicart, chanoine de la Cathédrale et Desmaizerets, grand chantre. À cette occasion, dans le registre de la paroisse, il apparaît sous le nom de Jean-Baptiste, probablement son nom de baptême.

Dans le cahier de la Confrérie de Sainte-Anne de 1657 à 1723, on peut lire « Marie Bulté, femme de Jean Robitaille, s'est enrollée dans la Confrérie de Ste-Anne le 4 avril 1710 ». Dans le recensement de Québec en 1716, elle est citée comme « cabaretière âgée de 66 ans ». Elle décède le 25 juin 1732 et est inhumée le lendemain à Notre-Dame de Québec à l'âge respectable de 85 ans. Le registre de la paroisse mentionne « épouse de Jean-Baptiste Robitaille, âgée de 95 ans ». Il y a sûrement erreur puisqu'elle est née en 1647. Les funérailles sont présidées par le curé Boullard et les ecclésiastiques Desgly et Noël ont signé comme témoins. Marguerite a survécu dix-sept ans à son mari. Elle laisse dans le deuil sa fille Marie-Madeleine qui décédera huit ans plus tard, et son fils Charles-François établi à Neuville.

Marguerite Buletez et Jean Robitaille ont vraiment posé la pierre angulaire de l'établissement des frères Robitaille à L'Ancienne-Lorette. Leur descendance n'est pas très nombreuse. Ils n'ont eu qu'un seul fils qui lui-même n'a eu qu'un fils. Dans les générations suivantes, on compte plusieurs filles mais seulement un fils ou deux. Il faut attendre aux quatrième et cinquième générations pour vraiment voir les descendants de Jean Robitaille.